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DATE : 22 août 2017
HEURE : 21 h 00 min
ADRESSE : Lorient
LIEU : Bar Ikade
Tournée bretonne jour 2 : Lorient [Passé] 22 août 2017

Réveil à Douarnenez et décollage immédiat aux aurores pour de nouvelles aventures !

J’aimerais que cette phrase soit vraie, ça signifierait que l’avenir nous appartient. Au lieu de ça, on a traîné tout le début de journée chez la cousine de Rose, on s’est laissés vivre, c’était nickel. On avait mis comme heure butoir le moment où ils se mettraient à table, pour pas déranger, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’ils nous avaient compris dans les couverts. Raté pour le départ, mais réussi pour le bon moment. Ça nous a permit de continuer à papoter avec Alexis, d’écouter les pistes qu’il avait capté de nous la veille (et de voir Rookie Rose freezer complètement à cette écoute tellement elle trouvait incroyable de nous entendre pour la première fois en bonne qualité) et de l’inviter à notre dernier concert de la tournée car, quoique Parisien, il était prévu qu’il soit chez des potes à Plougastel sur la même date. Sur ces amabilités, on s’est quittés, ne sachant pas si on se recroiserait ou non.

On se décroche enfin de Douarn’ alors que l’aprèm’ est bien entamée. Avant de partir, on considérait de se lever tôt pour jouer sur les marchés et récolter à la fois de l’argent et des propositions de date pour le soir même, mais on a vite abandonné l’idée. On préfère le monde de la nuit, et encore plus celui de la grasse matinée. Et même plus que ça, pour entrer un peu dans mon intimité toute personnelle, je dirais que j’ai à cœur de supprimer les matins de ma vie. Je n’aime pas le matin, c’est comme ça, ou alors le tout début du matin, alors que le soleil se lève et que l’air est tout humide de rosée, ça j’aime bien, mais je l’aime quand il signe la fin de ma journée, quand c’est la dernière chose que je ressens avant de dormir, ça j’aime bien. Sinon je déteste le matin.

A ce propos, j’ai deux anecdotes diamétralement opposées mais liées au monde du théâtre. Je commence par celle qui n’est pas de mon avis : récemment, mon super pote qui mériterait un nom de Rookie et qui n’en a étrangement pas – à moins qu’on ait officialisé Slim’ Rookie mais je ne crois pas – bref, mon super pote me racontait qu’un grand metteur en scène conseillait aux artistes d’apprendre à se lever tôt, pour faire comme les honnêtes citoyens et donc de mieux se faire accepter, de permettre au monde de comprendre qu’être comédien c’est un métier aussi valable qu’un autre, la preuve on a les mêmes horaires. Je trouve que c’est une belle connerie et estime qu’il vaut mieux comprendre que parmi les honnêtes gens il y en a sûrement beaucoup qui ne sont pas satisfaits de leur rythme de vie et que la planète irait mieux si on ne se forçait pas à se lever à des heures inadaptées à son propre fonctionnement. Sur ces thématiques, je rejoins à l’inverse l’école du Grand M., metteur en scène, dont je me remémore souvent avec émotion l’une des arrivées : on avait rdv à 9h de mat’ pour une journée de théâtre paumée dans la cambrousse, et lui n’est arrivé que vers midi. Je fantasme ce moment, lui se garant en faisant un gros drift, sortant de sa caisse en fulminant et, quoique fautif d’être en retard, fustigeant le monde entier comme quoi s’il a choisi ce boulot de metteur-en-scène c’est pour pouvoir choisir ses horaires et donc de ne pas se lever le matin, merde ! C’est ce jour là que, admiratif, j’ai décidé que moi aussi je serai artiste quand je serai grand.

Mais trêve de blabla, à force de parler on est déjà arrivés du côté de Lorient. On ne savait pas trop quoi faire, on a essayé d’appeler des gens, sans succès, et on se disait qu’on pousserait peut-être jusqu’à Rennes où on devait aller dans tous les cas. On avait une pote à Auray, mais pas de réponse de sa part. Tout de même, histoire de faire une pause, on décide à tout hasard de passer au Galion, une des scènes mythiques et vivaces de la ville, dans laquelle je n’avais pas encore mis les pieds. On demande si il y a un concert ce soir, il n’y a pas de concert ce soir. On demande si on peut jouer au pied levé, le patron n’est pas là et c’est lui qui décide. On demande si le patron va venir, il ne sera pas là aujourd’hui.

Bon.

Raté pour le Galion.

C’était attendu en même temps, on n’y projetait pas vraiment d’espoir. En plus, au vu de l’emplacement, sans communication il ne doit pas y avoir trop de monde à y venir. On y boit un verre, on réfléchit un peu et on se convainc que quitte à être à Lorient, tentons le Bar Ikade un bistrot de quartier que Rose fréquentait pas mal quand elle habitait la ville, et qu’elle connaissait pour y avoir souvent vu des concerts impromptus. Ça semblait être un arrêt providentiel pour notre petite tournée. En effet, en deux-trois phrases avec le patron, il nous dit pas de problème, avec plaisir, on bouge une table comme ça vous aurez de la place, hop hop hop voilà c’est prêt vous démarrez quand vous voulez.

On a quand même pris une bonne demie-heure à nous préparer, à enfiler les tenues de scènes, se maquiller, se chauffer et tout, à tel point qu’un des clients du bar est venu nous voir à la voiture, tout excité, pour nous dire qu’il était impatient qu’on démarre le set, parce que « rock’n’roll », parce que « c’est ça qu’il faut dans la vie des surprises ! », bref, il était tout content. On finit donc par se ramener vers ce public chaud comme la braise et on fait un super concert. On s’est bien marrés, les gens étaient super contents, on a démarré à l’intérieur puis glissé à l’extérieur, j’ai cassé une corde, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq, c’était un spectacle du tonnerre !

On a même eu de l’argent, c’est ouf ! Ça ne paraîtra pas ouf pour plein de gens, mais nous on ne fait jamais tourner de chapeau. On devrait, mais on est dans l’idée que soit c’est bien indiqué au début, genre on est programmés quelque part et on doit être payés au chapeau alors c’est clair, soit on estime qu’on est venus de notre plein gré et on ne demande donc rien. Alors ça fait carrément plaisir quand le public s’offusque de ça et prend l’initiative de nous rémunérer. Toutefois, le paiement le plus chouette n’était pas monétaire, mais cordifaire : un gars de l’assistance, guitariste, avait plein de vieux jeux de cordes dans sa bagnole dont il ne faisait rien, des jeux déjà usés ou neufs mais pas complet, qu’il m’a légué en intégralité, sans doute qu’il était affligé par le traitement que je faisais au cordage de ma gratte.

La soirée s’est un peu prolongée, je crois qu’on a rejoué, un gars a emprunté ma guitare pour nous faire les airs que les apprentis guitaristes apprenaient dans le temps, Jeux interdits et tout le tintouin, et on a fini par se casser direction Rennes, conduite de nuit.

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