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DATE : 29 août 2016
HEURE : 23 h 25 min
ADRESSE : Ploumoguer
Lundi de Ploum’ #4 [passé] 29 août 2016

Par Jerrican Nachos

Deux semaines après notre succès retentissant aux Lundis de Ploum’, on décide d’y retourner. C’était la dernière soirée de la saison et ça nous plaisait bien de nous y ramener, voire d’y jouer une nouvelle fois après les concerts officiels.

Dès qu’on est arrivés, plein de monde qui nous avait vu la fois précédente nous ont demandé si on rejouerait. Clairement, on était attendu. Ça ne me plaisait qu’à moitié, j’étais content à l’idée de jouer, mais en même temps je ne voulais pas forcer la chose, qu’on risque de se mettre des œillères et qu’on ne sente pas le mood global en étant trop centré sur notre envie de jouer.

Ça et d’autres trucs, plus ou moins personnels et plus ou moins liés à la soirée en question, ont fait que j’étais sur-tendu. J’ai bien essayé de me poser et souffler avant de jouer mais c’était peine perdue, donc j’ai retourné le problème : puisque je suis dans la tension de l’extrême, autant me servir de cette sensation, l’assumer et la rediriger vers notre prestation musicale.

L’idée était pas con, ça permettait de créer une ambiance différente de la dernière fois en plus. Donc on s’installe bien en face du bar pour jouer pour les bénévoles et on démarre Drop the shit and play. Ça se passe relativement bien, je me balade comme un tigre en cage tout en chantant, pour le moment aucune drame. On enchaîne sur notre deuxième et dernière chanson du set avec Personal Jesus. J’étais tellement crispé que j’avais du mal à jouer de la guitare. J’arpentais le site des Lundis de Ploum’ en criant les paroles et en grattant comme je pouvais mon instrument.

Après le solo de « Personal Jesus », on fait un break pendant lequel je reprend les paroles de « Mine », de Ghinzu. Juste pendant ce passage, y’a un type qui vient se caler à côté de Rose à la batterie et fait un roulement. Sauf que ce n’était pas le moment, Rose fait un changement de baguette juste après ça et ça n’allait pas le faire avec ce gars. Non pas qu’on soit contre le fait de jammer, on a bien prouvé le contraire deux semaines plus tôt, mais c’était pas le bon moment. Donc je me dis qu’il faut que j’intervienne pour remettre la chanson sur les rails.

Dans ma tête, ça devait se passait comme ça : sans m’arrêter de chanter, je m’approche du gars, lui donne un petit coup de guitare pour attirer son attention et me débrouille pour lui faire comprendre de revenir plus tard. Un plan infaillible.

Dans la réalité, ça s’est passé comme ça : sans m’arrêter de chanter, et pris par l’élan du concert, j’ai envoyé valser le gars, qui s’est retrouvé à terre. Au lieu de m’arrêter et remonter le gars en m’excusant de ne pas maîtriser ma force (ce que j’aurais mieux fait de faire), je me suis dit que, quitte à être dans un parti pris artistique jusqu’auboutiste et devant l’absurdité de la situation, autant le faire à fond. J’ai donc continué le mouvement en plongeant au sol et, tout en continuant de chanter, roulé sur plusieurs mètres dans la poussière avec ce type et ma guitare (cette dernière n’a quasiment rien, juste un petit poc sur le manche, merci de vous inquiéter).

Moi je trouvais ça drôle que, soudain, je chante un bout de la chanson en faisant des roulé-boulé avec un inconnu. C’est le genre de truc que je fais vraiment en concert, et généralement tout se passe bien. Sauf que ce gars a été surpris et a ressenti de l’agressivité à son égard. Et comment lui en vouloir ? Le fait d’être mis à terre par la boule de nerf que j’étais à en effet de quoi étonner. Problème, il a paniqué, et à la fin des roulé-boulés a posé ses mains sur mon cou, comme pour m’étrangler. En discutant avec lui après cet épisode, j’ai appris qu’il était totalement pacifiste et qu’il ne se battait jamais. Heureusement pour moi, parce-que vu les mouvements de son torse que je sentais, il était à deux doigts de m’en coller une.

De mon côté, je lui hurlais dessus les paroles de la chanson, à savoir « Take it from you ! » répétées à l’envie. A aucun moment je ne suis sorti de la prestation, même quand je me suis rendu compte que le type allait m’écraser ses phalanges sur le coin du nez. J’ai accepté mon sort avec sérénité en estimant que ça ferait parti du spectacle. Par chance, Rose, qui avait déplacé sa batterie à côté de nous, a vu que le type paniquait et l’a viré d’au-dessus de moi. J’ai donc pu me relever, ramasser ma guitare. Youn tenait le mi de ce passage précis de la chanson et le temps de reprendre mes esprits j’étais prêt à me relancer dans la fin du morceaux.

Tristement, le chef des Lundis de Ploum’ a crié « Stop stop stop, on arrête les frais ! » et il m’a dit de me barrer. Je le comprend, il ne savait pas trop ce qu’il se passait et s’est dit que je voulais me bagarrer avec le gars, et dans ce cas là en effet il fallait me virer. Ça m’a bien lourdé contre moi-même ça : autant j’assume totalement d’avoir roulé avec ce gars dans la poussière, autant je suis mécontent d’avoir amené de la méfiance, de la peur et de la violence aux Lundi de Ploum’, qui sont des soirées ultra-ouverte et accueillante.

Bon, après ça j’ai discuté avec le gars de la bagarre, il a compris que c’était juste du spectacle, ça l’a rassuré et il a dit qu’en fait on était copain. Et le chef des Lundis de Ploum’, on a un peu parlé ensemble, il avait l’air de pas trop être fâché, donc on va dire que ça le fait.

Mais franchement, ça devait être une très belle image ! Rouler dans la poussière sans arrêter le morceaux, manquer de me faire casser la gueule, si on avait pu continuer après ça ç’aurait été cool. Ce qui me rassure aussi c’est que plusieurs personnes nous on dit que c’était très cool à voir comme séquence et aurait aimé qu’on joue plus longtemps. Dommage, la seule vidéo qui existe de ce concert coupe vingt seconde avant l’incident.

Youn : Tout ceci est vrai. Deux pacifistes qui jouent à la bagarre n’a rien de rassurant et est un poil trop convaincant. Mais merde, visuellement c’était un sommet.

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