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DATE : 9 septembre 2017
HEURE : 11 h 00 min
ADRESSE : Ouessant
LIEU : Festival Ilophone
Ilophone jour deux [passé] 9 septembre 2017

Par Jerrican Nachos

Chacune de nos deux journées de concerts sur Ouessant était centrée sur une tâche particulière. Le second jour, l’idée était de donner des rendez-vous aux festivaliers, puis les envoyer dans des lieux gardés secrets jusqu’au dernier moment.

Dit comme ça, ça peut paraître simple, mais il faut imaginer toute la logistique qu’on a dû mettre en place pour que ça fonctionne. On s’est creusés la tête pour chercher toutes les façons de faire et trouver la meilleure. Le problème principal était de gérer le risque de pluie (on y reviendra…) : sur les trois rendez-vous de la journée, deux étaient à ciel ouverts. MAIS, si les cieux n’étaient pas cléments, il fallait impérativement une solution de repli. DONC impossible de donner rdv aux gens directement à l’endroit du concert, il nous fallait un point pour se retrouver PUIS qu’un bénévole accompagne tout le monde au lieu secret.

Ça, c’est pour le point de rendez-vous (qui était sur la petite place en face de l’église, pour les connaisseurs). Ensuite, il fallait trouver comment communiquer les informations aux spectateurs. On a d’abord évoqué la possibilité d’avoir un stand sur place pour que les gens s’inscrivent : trop relou. Un appel le moment même pour rameuter les personnes autour du point de rendez-vous : on perd l’aspect privilégié qui était amusant. La solution qu’on a choisi : poster plusieurs statuts sur la page FB de l’Ilophone avec notre mail pour que les gens puissent s’inscrire, en mentionnant trois horaires sélectionnables.

On était un peu tendus avec ce truc : on n’avait jamais fait ça et on ne savait pas quel répondant on allait avoir. Heureusement, dès le premier post on a reçu un mail qui demandait de réserver une douzaine de place, ça nous a rassuré et on a eu aucun mal à remplir les créneaux. D’autant que les jauges étaient toutes petites : comme on voulait faire des sets cachés, on a ouvert les réservations à 15 personnes par horaire, pas plus, pile ce qu’il fallait pour que ce soit cool.

Le premier rendez-vous de la journée était fixé à 11h, dans la forge de la SNSM, à savoir une remise plein de bordel qu’on voit dans la vidéo de Florent et Maïwenn. C’était assez chaud, on est arrivés tôt mais l’équipe du festival a eu du mal à décoincer pour sortir du lit et venir ouvrir la forge, et rien n’avait été dégagé pour le concert. Pas du genre à se démonter, on a tout vidé et arrangé comme on l’aime en 10 minutes. Du côté public, ça s’est goupillé bizarrement : il y avait des promeneurs qui passaient par là et qui se sont arrêtés pour voir ce qu’on faisait, on leur a joué quelques chansons en attendant que le « vrai » public arrive. Sauf que le vrai public ne s’était pas réveillé, en tout cas pas tout le monde. En plus, à cause du petit retard d’orga, certaines personnes ont dû se débrouiller seules pour trouver le lieu, je ne sais pas comment elles ont fait mais chapeau à elles. Sur les 15 résa, on a dû avoir 3 ou 4 personnes, pour une vingtaine de spectateurs en tout, une partie s’étant fait embarquée depuis le bourg dans la voiture d’un des organisateurs. Bref, tout se goupille très bien malgré les galères.

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Yup

Suite à ça, on enchaîne sur le deuxième concert du jour. Quand on a visité l’île, on a eu envie de jouer dans l’écomusée, à savoir une petite bicoque typique d’Ouessant transformée en musée, avec du mobilier comme à l’époque (mais quelle époque, aucune idée). On avait envie d’y faire un goûter concert, il y avait de quoi s’asseoir, servir du thé et du café, manger des petits gâteaux, et nous on aurait joué en se déplaçant entre les deux salles, ça semblait nickel. Sauf que quelques semaines avant la date un gars à décidé de cramer l’autre partie du musée, et les responsables du lieu étaient moyen chauds pour qu’on vienne y foutre le feu avec notre rock’n’roll abrasif. On s’est donc rabattus sur le jardin de ce même écomusée, très chouette aussi mais totalement à découvert.

Dix minutes avant d’y jouer, grosse pluie. Il nous faut une solution de repli, on n’en a pas. On part à toute berzingue vers la forge de la SNSM du matin, mais elle est fermée. On ne sait pas quoi faire, Florent et Maïwenn, qui accompagnent le public, attendent nos directives. On regarde le ciel, il est bleu, on sait que c’est instable mais on n’a pas le choix, on va à l’écomusée. On installe les instruments, on coupe des parts de quatre-quarts et on prépare du thé avec l’aide de la charmante personne de l’accueil du musée ; et les gens arrivent.

Ils s’installent partout autour du jardin et on joue. Une chanson, deux chansons, trois chansons… Et il commence à pleuvoir. On s’arrête pour protéger du mieux qu’on peut les instruments, les spectateurs s’abritent sous les panneaux racontant l’histoire d’Ouessant et sous l’arbre. L’ondée, fine, s’arrête vite, on demande si on continue le concert et ces blaireaux nous répondent « Oh ben oui, nous on est bien calés maintenant, allez-y ! ». Inconscients que nous sommes, on enchaîne, tout se passe bien jusqu’à une MEGA AVERSE qui nous trempe jusqu’aux os. Aucun regret, c’était très rock’n’roll, les instruments ont survécu à ça, le public a assisté à un spectacle unique et en plus on a une vidéo de ce concert qui est géniale :

On a quand même arrêté le concert après la pluie, et, même si le soleil revenait, on est tous allés se poser au chaud dans l’écomusée pour finir le goûter et papoter, c’était un très chouette moment mais on n’avait pas trop le temps de traîner, on avait un dernier concert à donner et pas des moindres…

Parce que, on ne va pas se mentir, on va se parler franchement, si on ne devait retenir qu’un seul set de ce week-end, si on devait pointer le pinacle de notre aventure, ce serait le dernier concert. Déjà sur le papier, ça tenait de l’épique : tout à l’ouest de l’île d’Ouessant, au bout du bout, il y a la pointe de Pern, une pointe sauvage dirigée droit dans la mer, déchaînée et sublime. Sur cette pointe, une ruine dans laquelle on a décidé de faire un salon éphémère, d’apporter tout notre matos électrique et d’y donner le concert le plus furieux et improbable possible.

Oui, mais il pleuvait. Impossible pour nous de prendre le risque de flinguer nos 65 000 euros de matériel juste pour un concert devant une poignée de festivaliers… On se résout à retourner dans la forge de la SNSM pour ne pas réitérer la trempée de l’écomusée.

Et puis on lève les yeux.

Et le ciel est bleu.

Et comme on est cons, inconscients et sans doute un peu fous, on se dit que c’est trop bête de rater une occaz comme ça, et tant pis pour la prudence, on part pour Pern !

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On a essayé de faire des photos comme si on était Matmatah, le résultat est mitigé.

On va chopper le matos dans la salle des concerts, Youn part devant nous et on doit attendre un gars de l’orga pour nous amener. L’heure tourne, le concert est dans à peine dix minutes et rien n’est en place. Enfin, la voiture arrive, on monte dedans, et elle part vers l’est, donc à l’opposé. Je suis intrigué mais je me dis que le gars connaît bien mieux que moi les ribines de l’île, je ne dis rien. Par contre, quand il se gare sur le parking du supermarché pour s’acheter un pack de bières, j’avoue que je me suis un peu crispé. Rose, à côté de moi, commençait à être un peu tendue par la situation, elle s’est permise de souligner qu’au vu du retard l’arrêt semblait un peu superflu, et j’étais bien d’accord avec elle.

Bon, cela dit on était tous contents d’avoir des bières une fois sur place.

On s’installe à la vitesse de l’éclair comme on sait faire eettt… il manque mon pied de micro et 2-3 bricoles. Youn repart chercher tout ça en croisant le car affrété pour le transport du public. Pendant ce temps, Rose monte sa batterie, l’équipe du fest finit d’installer le salon (avec quand même une table basse, un tapis, des cadres et un PUTAIN DE CANAPE, ils sont ouf) et moi je cherche un son cool avec l’ampli qu’on m’a prêté. Je suis super concentré là-dessus pendant bien cinq minutes et, quand je me retourne, je me rends compte que tout le monde est là. Les gens qui ont réservé sont confortablement installés dans le canap’, les bénévoles sont posés contre les murs et des curieux sont tout autour de la ruine. Un mec me demande par la fenêtre : « vous tournez un clip ? » ; « Non, on va faire un concert ! » ; « Ouah trop cool, je reste là alors ! ».


Avez-vous maté la vidéo de Florent ? Elle est excellente, on voit bien la ruine à la fin.

En tout, avec les réservations, les promeneurs, l’équipe du festival et les gens qui se sont ramenés dare-dare depuis le bourg à vélo en apprenant la nouvelle du concert, c’est une grosse cinquantaine de personnes qui ont assisté à ce concert mémorable. On a trop bien joué en plus, pour nous c’était le top, la conclusion parfaite des six concerts du week-end, et plus profondément que ça, une exultation face à plusieurs mois de tensions en interne dans le trio qui trouvait une excuse : si c’est pour vivre des moments comme ça avec le groupe, on est prêts à subir pas mal de choses. Le shot d’adrénaline est tellement fort que ça peut paraître valoir le coup, et j’ai compris pourquoi les Ramones sont restés ensemble plusieurs décennies en se haïssant, sans même s’adresser la parole.

(bon, depuis Youn a quitté le groupe et on se sent beaucoup plus sereins, donc pas sûr que je sois d’accord avec ce que je viens d’écrire, mais sur le moment c’est ce que j’ai ressenti.)

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Nous et un vieux slip dans la ruine de Pern

Autre chose assez marrant : il y avait un type de l’équipe de tournée des Toy Dolls (qui jouaient le soir même au fest) qui est venu voir le concert et qui nous a adoré. Vous le reconnaîtrez sur la vidéo comme « le gars torse poil qui fait n’importe quoi ».

Après ces SIX FOUTUS CONCERTS EN DEUX JOURS, on était un peu vannés, voire plus précisément complètement lessivés. Mais il nous restait une quête annexe à accomplir : on mangeait le midi avec les musiciens de Rage Againt the Peppers (un groupe de reprises mixant Limp Bizkit et Extreme) et ils nous ont invité à monter sur scène pendant leur reprise de Killing in the Name. Rose avec sa batterie acoustique et moi au micro, ça tombe bien je connaissais les paroles ! Franchement, quoique épuisés, on était tout excités à cette idée, ça faisait une bonne fin pour nous et l’Ilophone.

Un peu avant le concert, Rose et moi on part à l’auberge de jeunesse pour prendre sa batterie. Crevés, on s’allonge sur le lit cinq minutes avant de repartir.

Et on se réveille à 8h le lendemain.

Oups.

Suite et fin par ici !


Un petit bonus pour ceux qui sont arrivés jusqu’ici. Nous n’avons rien à voir avec cette vidéo, à part qu’on apparaît dedans.

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