set cube
DATE : 19 janvier 2018
HEURE : 23 h 55 min
ADRESSE : Brest
LIEU : Le Cube à Ressort
DJ set au Cube à Ressort [passé] 19 janvier 2018

Par Jerrican Nachos

La soirée avait très bien démarré. J’arrivais de Léo Ferré où l’on venait de jouer pour la soirée Tricard, car oui, j’adore enchaîner un concert furieux avec une nuit de DJ set, ça me fait me sentir vivant. J’ai commencé par un répit nécessaire me permettant de souffler tout en me mettant tranquillement dans l’ambiance. Pile quand j’aurais pu commencer à m’endormir, du monde débarque avec une sacrée envie de danser, ça me réveille et je passe la seconde sur la boîte de vitesse du groove. Bonne ambiance rock’n’roll, ça guinche, ça twiste en toute bienveillance, les deux premières heures ressemblent au DJ set de tes rêves, le reste de la nuit s’annonce parfait.

Patatras, arrive Basile Relou, un gars que je n’aurais pas été capable d’imaginer dans mes cauchemars les plus sordides. Le type m’a littéralement hurlé dessus pendant une heure trente. C’était fou. C’était FOU. Environ une fois par chanson, il montait sur la piste de danse, se plaçait devant ma cabine et criait « HHHHOOOOOO !!! » d’un air agressif. Je l’ignorais, donc il frappait le plexiglas, faisant sauter le vinyle en cours et décalant l’autre qui était prêt à enchaîner. Basile me hurlait alors « MAIS MET TON SOONNN !!! », puis redescendait de le piste, sans danser une seule seconde.

Ça a duré une heure et demie. En boucle. Il saoulait tout le monde, donc de temps en temps quelqu’un de la piste lui faisait comprendre qu’il ferait mieux d’aller gonfler des gens ailleurs, gentiment au début, puis de plus en plus fermement. Ça me permettait des répits de quinze minutes, puis le Relou revenait. J’ai fini par perdre mon sang froid : pendant un temps j’ai fait mine de l’ignorer. Ensuite j’ai essayer de discuter avec lui pour comprendre ce qu’il voulait et le faire taire. Je ne sais pas ce que le gars avait, mais il était incompréhensible autant pour moi que pour lui-même. Alors je lui faisais des signes d’apaisements quand il hurlait, genre doigt posé sur les lèvres en mimant « Ccchhhhhhttt… » mais rien n’y faisait. Alors j’ai commencé à lui crier dessus. Je ne crie jamais sur personne, ce n’est pas mon tempérament, alors pour que je balance « MAIS FERME. TA. GUEULE ! » « CA-SSE-TOI TU SAOULES TOUT LE MONDE ! » « C’EST QUOI TA SOIRÉE, TE PLANTER DEVANT LE DJ ET LUI HURLER DESSUS BLAIREAU ? » c’est que la personne en face est nécessairement obtus. Faut dire qu’avant que je ne m’énerve je sentais le gars devenir de plus en plus agressif, il avait un air de me dire « ça commence à bien faire, je te demande de METTRE TON SOONNN depuis une heure et tu ne m’écoutes pas, si je finis par te casser la gueule faudra pas t’étonner. » Mais que je lui réponde ou pas, Basile ne saisissait absolument rien de ce qui l’entourait et il a fallu qu’un client costaud prenne littéralement le problème à bras le corps en engueulant puis virant Relou pour qu’on retrouve un semblant de sérénité et que l’on puisse tous se calmer.

Avec le recul, je vois bien où j’ai merdé. J’aurais dû prendre la mesure du problème beaucoup plus tôt quand j’ai compris que le type n’allait pas du tout arrêter d’être excité. J’aurais dû mettre un morceau long, chercher le videur, lui expliquer la situation, il aurait fait ce qu’il faut. Seulement, faut se figurer que j’étais sur le fil, crevé de mon concert précédent et que je n’avais pas du tout l’esprit clair. Toute mon énergie était tournée vers ma concentration pour continuer à passer des bons morceaux et faire danser le reste de la piste, ce qui était de plus en plus compliqué que les hurlements de Basile Relou redoublaient. Gageons qu’il n’y ait pas de prochaine fois à ce genre de situation, mais si c’est le cas je saurais mieux réagir, j’imagine.

Une fois ce tunnel de douleur derrière moi, je me suis repris en passant des morceaux vénères, vidant en partie la piste (mais pas entièrement non plus, je reste pro), puis j’ai retrouvé mes esprits et la soirée a pu continuer sous les meilleurs auspices. Je me souviens d’un très beau moment quand les danseurs ont été très réceptif à Prickly Thorn, But Sweetly Worn/St. Andrew (This Battle Is in the Air) des White Stripes. Du reste, une fois la soirée terminée, il m’a fallu raconter l’anecdote du mec relou à plusieurs personnes avec force d’imitation pour bien exorciser l’anecdote et me débarrasser définitivement de ma tension à ce sujet. Parce que je crois que ce qui m’a le plus rendu maussade c’est que du bar personne ne se rendait compte : le type hurlait dans ma cabine donc le reste du lieu, à part la piste, n’entendait pas ça. Tout ce qu’ils avaient c’était mes 33 tours qui sautaient comme s’ils étaient rayés ou que je ne savais pas régler les platines et ma sélection musicale qui devenait de moins en moins pertinente à cause de ma colère montante. Bon, heureusement, j’ai su plus tard que le patron du bar avait été très content de moi à cette soirée, donc j’en fais une montagne mais ça ne me porte pas préjudice, je reste le meilleur DJ rock’n’roll de la comté.

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