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DATE : 1 septembre 2017
HEURE : 23 h 55 min
ADRESSE : Brest
LIEU : Le Cube à ressort
DJ SET au cube [passé] 1 septembre 2017

Par Jerrican Nachos

J’adore passer de la musique. J’adore créer des playlists, estimer quelle chanson se tuilerait bien avec une autre, comprendre quelle poule de groupes permet de faire un bon quart d’heure ceux-ci ou cela (quart d’heure rock’n’roll, glam, hard, psyché…), saisir la science des transitions et la façon de passer d’une ambiance à une autre. Et encore plus jouissif, ressentir l’état d’esprit des danseurs sur la piste, tenter un morceau pas évident et les voir se mouvoir de plus belle en agitant les bras, boum, bingo !

Le faire sur vinyle c’est d’autant plus épique, il faut être constamment au taquet, il n’y a pas droit à l’erreur, le choix de morceaux est réduit à ce qu’on a sous la main, faut faire gaffe à pas remettre trois fois de suite le même groupe, il faut prendre le temps de bien ranger les disques pour pas se laisser envahir, c’est une sorte de long ballet en forme de marathon, de minuit à sept heure du matin. Le vrai beau moment c’est quand on touche à la frénésie de l’arcade. C’est une notion du monde du jeux vidéo qui décrit l’état dans lequel est un joueur qui s’abandonne complètement à son activité et voit ses mains agir avant même que son esprit n’ait conscientisé l’action.

Un DJ set all night et all alone c’est pareil, à un moment les connections se font d’elles-mêmes, on atteint une compréhension holistique qui démarre à la platine de gauche, fini à la platine de droite, et a fait le tour de la piste de danse dans la foulée. A ce moment, j’ai en tête les cinq ou six prochains morceaux à passer et d’autres s’ajoutent, s’intercalent en écoutant ceux qui passent à travers les enceintes.

Quand l’état d’esprit est à son paroxysme, on peut commencer à prendre des risques. En situant la capacité de réception de mes danseurs, je peux tenter de claquer un live d’Hawkwind blindé de guitare psychédélique et les voir danser malgré leur cravate et leur gueule d’élèves d’école de commerce. Bien sûr, ça ne se fait pas en un seul instant, j’imagine que j’ai dû passer du Temples pour tâter le terrain, un King Gizzard pour m’assurer de la réussite et seulement à ce moment là Hawkwind. Ça ne se manie pas n’importe comment ces machins-là, ça peut faire des dégats.

Y’a un moment que j’ai trouvé incroyable. Je ne sais plus très bien comment j’y suis arrivé, peut-être par Rattlesnake de King Gizzard & the Lizzard Wizzard, en tout cas, un morceau plutôt transe. La piste de danse réagit bien, il est tard, je me dis pourquoi pas passer Penetration des Stooges ? ça fonctionne, et, idée étrange, je choisi de passer Venus in Furs du Velvet. C’est parti, on est en plein milieu de la nuit et la piste de danse, encore bien fournie à cette heure de la nuit, se laisse envahir par l’un des démons les plus pernicieux de la musique. Pour enfoncer le clou en forme d’apothéose, il est cinq heure passée et je fais retentir dans les enceintes les cloches infernales de Black Sabbath, la chanson éponyme. Moche ambiance messe noire, la piste ne se vide pas, tout le monde semble comme aimanté alors que ça ne ressemble pas du tout à l’atmosphère habituelle du bar. On ressort de ce quart d’heure en douceur avec Night Prowler d’ACDC et on repart vers des contrées plus douces.

C’est moi qui fais ce que je veux, c’est moi le DJ de la soirée, c’est moi qui choisis la musique qui passe.

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