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DATE : 24 juin 2017
HEURE : 20 h 00 min
ADRESSE : Les Globulles Rouges, 27 rue Émile Zola, Brest
Salon du vin biodynamite [passé] 24 juin 2017

Par Jerrican Nachos

L’alcool, c’est pas trop mon truc. J’ai rien contre me prendre une mine de temps en temps, mais ça reste assez rare et j’essaye de conserver ma méfiance. Je sais qu’on va dire que l’alcoolisme, c’est rock’n’roll, que Lemmy, tous ces trucs, mais je m’en bat. Ma chance, c’est de ne jamais avoir trouvé un alcool qui me plaise vraiment. La bière est par défaut, le ricard parce que ce n’est pas cher dans les bars, le whisky pour faire bonhomme, le vin blanc pour se donner une contenance sociale, etc., mais de tous ces breuvages, aucun ne me fait réellement kiffer, j’ai toujours un pan de mon cerveau qui me dit « Saperlotte ! Cette liqueur est quelque peu nauséabonde si je ne m’abuse, est-on sûr que cela nous sied réellement ? Ne serait-ce pas quelques possibles poisons ? Prenons garde à ne pas nous y accoutumer… ».* Et c’est pratique : ça me permet d’être tranquillement saoul sporadiquement sans développer d’appétence particulière.

Cela dit, faut que je fasse gaffe avec le rock’n’roll, justement, parce que c’est souvent intrinsèquement lié à la conso de bière et autres alcool forts, ça va vite de se faire payer des coups à la sortie du concert – quand ledit concert n’est pas lui-même uniquement rémunéré via des bières.

Donc, deux choses pour m’éviter de me diriger vers la pente glissante de l’alcoolisme : rester vigilant en ce qui concerne les mondanités et croiser les doigts pour ne pas tomber sur un alcool qui me plaise réellement. Autant dire que, quand on a été invité à jouer au salon des vins des Globulles Rouges, tous mes sens d’araignée étaient en alerte sur le sujet…

J’aime pas le vin rouge, je pensais que c’était en grande partie ce qui me sauverait, alors je bois du vin blanc. Ça passe mieux, mais il y a toujours un petit goût qui me déplaît et qui me fait garder pied dans une sobriété relative. Je portais à mes lèvres les verres que les producteurs me tendaient avec méfiance, explorais avec mes papilles les arômes subtiles des différents vins blanc, en comprenais les qualités, me renseignait sur les subtilités du breuvage, sur la différence entre sec et moelleux et, rassuré, finissait toujours par sentir ce petit goût que je trouve désagréable, mon garde-fou.

Jusqu’au drame. Jusqu’à cette nana qui fait de la polyculture, sorte de délicieux monstre de Frankeinstein agriculturel, allant mélanger des abricotiers avec des vignes, folie… Son jus d’abricot, c’est simple, c’est le meilleur que j’ai pu goûter de ma vie. Loin, très très loin devant n’importe quel autre. On est au-delà de la simple désaltération, à chaque gorgée on ressent les fruits entiers passer dans la gorge, on saisit toute la force du soleil emplissant les abricots de saveurs, on décolle à des strates encore inconnus de la conscience, on sort de notre corps pour admirer sereinement les événements autour de nous, puis on atterrit doucement, bref, ce jus d’abricot est super bon. Puis, on me tend un verre du vin blanc produit sur les mêmes terres. Je prend le pied dans mes doigts un peu tremblants, mal assuré, verse le liquide dans ma bouche, et découvre le meilleur vin blanc que j’ai bu de ma vie. Il ne plaît pas à tout le monde, il ne ressemble pas vraiment à du vin blanc, ce qui le met d’office hors de course pour certain. Mais moi, je le trouve splendide, et n’y trouve – par malheur ! – pas le petit goût désagréable me tenant à distance de ma propre perte. J’ai commencé à prendre peur devant le gouffre insondable et dangereux qui s’ouvrait devant moi, me suis déjà imaginé mort, enterré, comme tant d’artiste avant moi, camés au vin, à l’opium, à l’héro, ça y est, voilà mon vice, voilà qui signe mon arrêt de mort.

Et ensuite, j’ai vu le prix de la bouteille, et ça m’a rassuré sur le fait d’en boire régulièrement. Sauvé !… pour cette fois.

Sinon, notre concert était très cool, on nous en parle encore des mois après, de ce que j’en comprends on a fait sensation. On a joué en premier, à l’heure du repas, dans un recoin du restaurant avec une fenêtre donnant sur le jardin de ce même restaurant, ce qui fait qu’il y avait des spectateurs tout autour de nous, et c’est toujours très agréable comme disposition. Résultat, Youn faisait face au public façade, moi au public fenêtre, et Rose tournait le dos à tout le monde mais pouvait donner de la tête où elle voulait. Des fois, je me demande si, malgré sa batterie, ce n’est pas elle la plus mobile de nous trois.

Après ça, grosse résoi, Serpent et Le Mamooth ont joué, plateau brestois au top, tout le monde était saoul sauf nous, (puisqu’on conduisait, yeah yeah yeah) et l’ensemble du salon fut une réussite, si bien qu’on est revenus le lendemain prendre les contacts de tous ces charmants vignerons en vu d’un jour partir en tournée vinicole et musicale.

*Ouais, mon cerveau parle comme ça.

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